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La COVID-19 à travers le regard d'un survivant du VIH

15 mai 2020
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En temps de confinement, Jacques reprend sa plume.

Fidèle collaborateur de ce blogue et porte-parole de la campagne Je suis séropo, Jacques nous livre ici ses réflexions sur la COVID-19 et sur comment, en tant que militant de longue date de la lutte contre le VIH/sida, il se retrouve à faire l’expérience d’une deuxième pandémie.

Vivre une deuxième pandémie

J'ai vécu la pandémie de sida, qui n'est même pas encore terminée, car il n'y a pas encore autant de personnes séropositives qui ont accès au traitement pour contrôler l'infection.

Me voilà plongé dans une autre pandémie : celle de la COVID-19

À peine rétabli et vivant encore dans l’espoir qu’un vaccin apparaîtra bientôt, me voilà plongé dans une autre pandémie : celle de la COVID-19. C’est comme si j’étais retourné quarante ans en arrière.  Les plus jeunes n’ont pas connu cette période. La population générale – à part celles et ceux qui ont perdu des êtres chers – se souvient peu de la crise ou ne se souvient pas. Même chez les personnes qui vivent avec le VIH, plusieurs ayant reçu leur diagnostic après l’an 2000 ignorent qu’entre 26 et 43 millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été emporté·es par ce virus à ce jour.

Je fais partie de ceux qui ont enterré des centaines de personnes

À 75 ans, je fais partie des gens qui se souviennent. Je fais partie des gens qui sont encore là.Je fais partie de celles et ceux qui ont enterré des centaines de personnes, qui ont lutté et luttent toujours pour combattre un ennemi devenu visible, mais qu’on tarde à éliminer.Vivre une deuxième pandémie me ramène à tout ce vécu de peur et de tristesse, mais aussi à ce vécu d’espoir, à ma croyance en la capacité humaine de grandir à travers ces temps si douloureux.À mon âge et malgré mon désir aussi ardent de lutter, je dois cependant me rendre compte que mes armes doivent s’adapter à la réalité de mon vieillissement.

J'aime me dire et dire à tous ceux qui lisent ceci : la vie sera toujours plus forte que la mort.

J'aimerais encore avoir la force d'être sur tous les fronts, de marcher dans les rues pour aider les plus vulnérables. Pourtant, je me retrouve confiné à la maison, condamné à suivre l'évolution de la pandémie au jour le jour, meurtri par les yeux des gens qui me jugent parce que je veux sortir prendre l'air... Malgré l'éloignement physique, je reste en contact avec des personnes isolées qui luttent contre une anxiété croissante. Je repense à ma vie quotidienne. Je suis bouleversée, attristée par ce qui se passe, mais je suis toujours en vie. Aussi, j’aime me dire, ainsi qu’à tous ceux qui lisent ceci : la vie sera toujours plus forte que la mort. Certains nous quitteront, mais il y aura des survivants, dont on se souviendra pour beaucoup.

Il était une fois un virus qui s'est abattu sur la Terre. Nous ne savions pas quand la maladie s'arrêterait. Mais un jour, elle s'est arrêtée. Et les humains ont recommencé à vivre, avec leurs forces et leurs faiblesses...
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