Les experts appellent à une action urgente après la publication d'un rapport révélant que les Canadiens ne sont pas au courant du message de prévention du VIH qui peut leur sauver la vie.
Les experts appellent à une action urgente après la publication d'un rapport révélant que les Canadiens ne sont pas au courant du message de prévention du VIH qui peut leur sauver la vie.
D'éminents spécialistes canadiens du VIH appellent les prestataires de soins de santé et les organismes de santé à agir d'urgence après qu'un récent rapport national a révélé un manque troublant de sensibilisation du public à un puissant message de réduction de la stigmatisation liée au VIH.
Seul un Canadien sur cinq déclare avoir entendu parler du message "U = U ou Undetectable = Untransmittable", selon un récent sondage Ipsos réalisé en partenariat avec le Réseau canadien des personnes séropositives (RCPP) et financé par REACH Nexus à l'hôpital St. Michael's(Unity Health Toronto), Gilead Sciences et l'Agence de la santé publique du Canada.
De nombreuses études et essais cliniques bien contrôlés ont montré que les personnes vivant avec le VIH qui suivent une thérapie antirétrovirale (TAR) et maintiennent une charge virale indétectable ne peuvent pas transmettre le virus par voie sexuelle.
Lancé en 2016 par la Campagne pour l'accès à la prévention, une organisation mondiale à but non lucratif visant à mettre fin à l'épidémie de VIH, U=U est un mouvement visant à sensibiliser, à éliminer la stigmatisation et à améliorer la vie des personnes vivant avec le VIH.
"Le fait que seulement 20 % des Canadiens connaissent U=U est à la fois surprenant et profondément inquiétant", a déclaré le Dr Gordon Arbess, directeur clinique du programme VIH/sida de l'équipe de santé familiale académique de St. Michael's. "Il ne s'agit pas seulement d'un message de santé publique, mais d'une vérité transformatrice qui peut améliorer les vies, les relations et les résultats en matière de santé".
La science derrière le message

Les recherches menées au cours des deux dernières décennies ont montré de manière constante que le traitement antirétroviral réduit la charge virale et que, lorsque celle-ci est totalement supprimée, il n'y a pas de transmission par voie sexuelle.
L'essai historique HPTN 052, mené dans neuf pays, a suivi plus de 1 600 couples hétérosexuels et a révélé que la transmission ne se produisait que lorsque le partenaire séropositif n'était pas encore en état de suppression virale. D'autres études importantes, telles que PARTNER, Opposites Attract et PARTNER2, ont confirmé ces résultats, y compris pour les couples homme-homme, établissant ainsi le principe "indétectable = intransmissible" (U=U).
Pourtant, malgré les données scientifiques, des idées fausses persistent. Parmi les Canadiens qui avaient entendu parler de U=U, moins de la moitié connaissaient les études et les données qui les étayent.
Ce décalage, avertissent les experts, permet à la stigmatisation, à la peur et à la désinformation de persister.
"Le plus grand obstacle à l'U=U n'est pas la science, c'est la pensée dépassée", a déclaré le Dr Sean B. Rourke, directeur de REACH Nexus au Map Centre for Urban Health Solutions.
"Trop de prestataires de soins de santé n'ont pas encore les connaissances ou la confiance nécessaires pour parler de ce que U=U signifie vraiment. Tant que nous n'aurons pas remédié à cette situation, nous laisserons les gens dans la crainte plutôt que dans les faits".
Le Dr Rourke a déclaré que la science autour de U=U est "indéniable".
"Ce n'est pas la science qui nous empêche d'avancer, mais la stigmatisation, les systèmes obsolètes et le manque de volonté. U=U n'est pas seulement une politique de santé publique saine - c'est un message ancré dans la dignité, le respect et la réalité humaine de base".
Une occasion manquée de mettre fin à l'épidémie de VIH
Les taux d'infection par le VIH ont augmenté au Canada au cours des cinq dernières années, avec une forte hausse de 35,2 % en 2023 par rapport à l'année précédente.
Le coût moyen estimé d'un nouveau diagnostic de VIH au Canada est désormais de 1,44 million de dollars par personne, soit un total de 2,1 milliards de dollars pour tous les cas incidents en 2021 - une augmentation de 11 % par rapport à il y a dix ans -, ce qui fait peser une charge plus lourde sur le système de santé publique du Canada, qui est déjà mis à rude épreuve.
Le rapport du CPPN souligne les occasions manquées qui découlent d'une faible sensibilisation : la possibilité de réduire les nouvelles transmissions du VIH, d'améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH et de mettre fin à la stigmatisation néfaste qui continue d'isoler les communautés.

L'une des principales conclusions de l'étude est qu'une fois expliquée, la notion de "U=U" a trouvé un large écho auprès du public.
Deux tiers des personnes interrogées (66%) pensent qu'une sensibilisation accrue au message U=U peut contribuer à changer l'opinion publique et à réduire la stigmatisation liée au VIH, en particulier parmi les personnes déjà familiarisées avec ce message.
"Le fait de savoir que les patients ne peuvent pas transmettre le VIH élimine un fardeau psychologique important", a déclaré le Dr Arbess.
"Il contribue à éliminer la perception du risque qui a souvent empêché les personnes séropositives d'avoir des relations amoureuses ou sexuelles. U=U a permis aux personnes vivant avec le VIH de mener une vie pleine et saine sans être perçues comme un risque.
Les prestataires de soins de santé et les organisations de santé publique, a-t-il déclaré, doivent être en première ligne de cette campagne d'éducation. Les médecins, les chercheurs, les cliniciens, les décideurs et les organisations de première ligne jouent tous un rôle essentiel dans la promotion du message U=U (indétectable = intransmissible), à la fois en tant que messagers de confiance et en tant que leaders en matière de soins et de traitement du VIH.
"Ils peuvent réduire la stigmatisation en communiquant continuellement sur la science de U = U", a déclaré le Dr Arbess. Arbess. "Il s'agit également d'une incitation puissante pour que les gens se fassent dépister, commencent un traitement tôt et restent dans le système de soins - aidant ainsi les gens à rester en bonne santé tout en protégeant leurs partenaires."
Les attitudes du public sont en retard sur la science

Si un Canadien sur trois affirme que le fait d'avoir entendu parler de U=U le rend plus à l'aise pour interagir avec une personne vivant avec le VIH ou pour sortir avec elle, la majorité d'entre eux restent incertains ou peu convaincus. Environ 34 % des personnes interrogées affirment que le message ne changerait rien à leurs sentiments, tandis que 11 % disent qu'il les mettrait moins à l'aise et que 17 % restent incertains.
Ces statistiques soulignent la nécessité d'une campagne de sensibilisation nationale complète et cohérente.
REACH Nexus s'est engagé à faire progresser les efforts d'U=U à travers le Canada et travaille actuellement à la mise en œuvre de l'Université U=U, une initiative de santé mondiale créée par la Campagne d'accès à la prévention, afin d'accroître la sensibilisation à l'U=U et de réduire la stigmatisation liée au VIH.
REACH prévoit également d'organiser un événement canadien de formation des formateurs afin de renforcer la capacité des communautés à partager des informations exactes sur l'U=U.
"Les médecins, les chercheurs et les prestataires de soins de santé doivent prendre l'initiative et former d'autres cliniciens, des agents de santé publique et d'autres membres du personnel aux données probantes qui sous-tendent U = U", a déclaré le Dr Arbess. "Il est impératif que les professionnels de la santé plaident en faveur de politiques qui intègrent le message U = U dans les campagnes de prévention du VIH, l'éducation à la santé sexuelle et les lignes directrices nationales en matière de traitement.